Jeudi 27 août 2009
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Bonjour,
Avant de se remettre dans le bain et perdre tous nos kilos superflus, voici l'éditorial de JC MAILLY sur la rentrée :
ÉDITORIAL DE JEAN-CLAUDE MAILLY DATÉ DU MARDI 25 AOÛT 2009
CE QUE REVENDIQUE FO
Une interview à paraître dans Le Figaro daté du 24 août 2009 (texte intégral)
Le Figaro: Pensez-vous que le pire de la crise est derrière nous?
Jean-Claude Mailly: Personne ne sait où on en est ni ce qui va se passer. Tout
reste fragile et je ne suis guère optimiste pour la suite. Il n’y a notamment aucune amélioration sur l’emploi et on aura 800 000 chômeurs de plus cette année. Si plusieurs mesures d’urgence
utiles ont été prises, aucune réforme structurelle n’a été engagée et il y a un risque que tout recommence comme avant, voire pire.
Pour vous, rien n’a été fait?
Les G20 de Washington et Londres n’ont pas donné lieu, mis à part un peu sur les paradis fiscaux, à des mesures
concrètes et ils n’ont pas avancé sur la réglementation financière, le bonus des traders… La provision d’un milliard passée par BNP Paribas montre bien que rien n’a changé sur ce dossier.
Plusieurs pistes sont possibles pour les bonus: les supprimer, les taxer, les limiter… Mais il faut faire quelque chose car aucun système ne peut plus vivre sans réglementation. Si on ne prend
pas vite des normes, la sortie de crise risque d’être pire que la crise elle-même. Les gouvernements vont devoir gérer l’explosion des déficits et des dettes publiques. Et les tensions sociales
vont s’accroître si cela se fait par des baisses drastiques des dépenses publiques et sociales. Je rappelle que l’on est dans une crise du système.
Vous critiquez, mais que proposez-vous concrètement?
L’un des éléments clés est, au niveau national, de faire une réforme des impôts qui réhabilite
la fiscalité. Il faut redonner à l’impôt sur le revenu son caractère progressif en augmentant le nombre de tranches, en élargissant son assiette et en faisant en sorte que chaque Français le
paye. Parallèlement, la fiscalité indirecte doit baisser, exemple: la TVA. L’État doit aussi retrou-ver une stratégie industrielle. Le gouvernement a bien mis en place un fonds stratégique
d’investissement (FSI), des fonds sectoriels comme dans l’automobile, mais c’est loin d’être suffisant. Enfin, au niveau européen, il va bien falloir revenir sur les critères de 3% de déficit et
de 60% de dette qui ne veulent plus rien dire, et reposer la question des modalités de la construction européenne.
La situation n’est pas si catastrophique. La preuve, la France résiste mieux que tous ses voisins à la crise…
C’est vrai et c’est grâce à notre système de protection sociale qui est un formidable amortisseur de
crise et à la qualité de nos services publics. Mieux vaut l’universalisme républicain que le darwinisme du marché!
Le gouvernement n’y serait donc pour rien?
L’État a eu raison de sauver les banques, mais il aurait dû aller jusqu’au bout en rentrant dans leur
capital et siéger dans leur conseil d’administration. Le gouvernement n’a pas imposé suffisamment de contreparties aux aides qu’il a accordées. Je l’ai dit, des choses ont été faites, y compris
par les partenaires sociaux, mais beaucoup reste à faire. J’espère en particulier qu’on va avancer sur la question de la relation entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Le gouvernement y
semble prêt, mais le patronat bloque toujours.
Anticipez-vous une rentrée sociale explosive?
La prévision est difficile. Il va y avoir des problèmes et de nouveaux plans sociaux dans les
entreprises, c’est évident. Mais notre réponse ne peut plus être des manifestations à répétition qui ont démontré leur inefficacité. Au printemps, FO a proposé une grève carrée de 24 heures.
Une grève à laquelle la CGT et la CFDT se sont opposées…
On a une divergence de vue sur ce point. Si une réunion de l’intersyndicale est prévue à
la rentrée, on ira et on verra. Les instances de FO se réuniront d’ailleurs prochainement.
Il y a donc des chances que vous claquiez la porte?
La question ne se pose pas ainsi. L’unité d’action suppose que l’on soit d’accord, y compris
sur les modalités, et l’intersyndicale n’a jamais eu vocation à être permanente; ce n’est pas une fin en soi. Ce serait confondre unité d’action et unicité syndicale.
Quelles sont justement vos revendications de court terme?
L’indemnisation des chômeurs
en fin de droits doit être prolongée pour éviter que des centaines de milliers de personnes basculent dans les minima sociaux. Une loi doit imposer de fixer des contreparties aux entreprises en
cas d’aide publique. Une allocation de solidarité intergénérationnelle doit être créée, pour permettre à un senior dans une entreprise de réduire son temps de travail et faire du tutorat auprès
d’un jeune. Et les préretraites doivent être provisoirement relancées. Enfin, la question du soutien à la consommation est toujours posée.
Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison de remettre le dossier des retraites cet été sur la table?
J’avais cru comprendre, en écoutant
le Premier ministre, que la question des retraites était tellement importante qu’elle devait attendre 2012 et relever de la présidentielle. Le gouvernement a, sur ce dossier, une démarche
purement idéologique. Il veut faire passer au forceps des mesures impopulaires en prenant le prétexte de la crise. Relever aujourd’hui l’âge de départ à la retraite serait une provocation et on
ne laissera pas faire. Le gouvernement refuse d’examiner des sources alternatives de financement alors qu’il faut revoir les assiettes de cotisation, soumettre certaines rémunérations à
cotisation… Un signe de bonne volonté de sa part serait d’affecter une partie de l’emprunt national pour alimenter le fonds de réserve des retraites et de ne pas toucher aux majorations de durée
d’assurance des mères de famille qui ont élevé des enfants.
Où en êtes-vous sur la loi concernant le travail le dimanche?
On n’en a pas fini avec ce dossier. On a déposé de nouvelles observations auprès de
l’Organisation internationale du travail pour non-respect des règles liées au repos hebdomadaire. De plus, on ne sait pas trop comment ça va se passer à Paris où il faut absolument que Bertrand
Delanoë bloque l’ouverture dans les zones touristiques.
Quel bilan faites-vous de la loi sur la représentativité, promulguée il y a un an et qui fixe de nouveaux critères de représentativité?
Je la
trouve toujours attentatoire à la liberté syndicale et à la négociation collective. Elle se révèle aussi être une usine à gaz. Je m’interroge même sur la fiabilité des remontées des résultats
électoraux. Cela dit, je ne suis pas inquiet pour l’avenir de FO. Comme d’autres, on perd ici ou là notre représentativité mais des syndicats nous rejoignent aussi, comme dans la police ou le
transport aérien. Contrairement à ce que souhaitent la CGT et la CFDT, le paysage ne se résumera pas à leurs seules organisations et les travailleurs ne sont pas des parts de marché.
Que répondez-vous à Xavier Mathieu, le délégué CGT de Continental Clairoix, qui a traité les Thibault et compagnie, c’est-à-dire vous, de «racaille» tout juste
bonne «à frayer avec le gouvernement»?
Ces propos sont inacceptables de la part d’un militant syndical. J’ajoute qu’il ne faut pas confondre rôle syndical et rôle politique.
Comprenez-vous que certains salariés, comme chez Serta, menacent de répandre des produits chimiques ou séques-trent leur direction pour toucher un plus gros
chèque de licenciement?
Un chèque, c’est toujours ça de pris, se disent-ils. Je comprends l’amertume et la colère de
salariés qui n’ont plus confiance en l’avenir et sont révoltés par l’accroissement des inégalités. C’est d’ailleurs là
un sentiment profond qui s’installe et qui aura des conséquences. Gouvernement et patronat devraient y réfléchir.
A demain !